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Focus du n°154 / JANVIER - 2008
Focus / L’Orchestre-Atelier
Les dix ans d’Ostinato
L’Orchestre-Atelier Ostinato occupe une place unique dans le paysage musical français. Depuis dix ans, son objectif est de former de jeunes musiciens de haut niveau instrumental au métier d’instrumentiste d’orchestre. Sous la houlette de Jean-Luc Tingaud, l’orchestre aborde avec enthousiasme et engagement tous les répertoires, de Haydn à William Sheller. À l’heure des réformes sur le système éducatif, Ostinato offre l’exemple réussi d’une filière professionnalisante dans l’univers symphonique. ![]() ![]() Entretien croisé
Jean-Luc Tingaud et Anne Maurel
L’art de la transmissionDepuis sa création, le fonctionnement de l’Orchestre Ostinato est le fruit d’un travail en binôme. Le chef d’orchestre Jean-Luc Tingaud assure la direction artistique tandis qu’Anne Maurel pilote la formation sur le plan administratif. Rencontre. Quelle a été l’évolution de l’orchestre au cours de cette décennie ?
Jean-Luc Tingaud : En premier lieu, l’orchestre a évolué en terme de qualité. On recrute désormais à un niveau plus élevé et international. La formation se fait maintenant en deux ans, au lieu d’un. En conséquence, les programmes sont plus ambitieux.
Anne Maurel : Au départ, l’orchestre comptait une vingtaine de musiciens. Aujourd’hui, ils sont soixante-dix. L’orchestre fait en tout douze séries de concerts par an.
Quelles sont, selon vous, les spécificités du travail d’orchestre ?
J.L .T. : Etre un bon musicien d’orchestre, c’est apprendre à jouer avec les autres. On ne peut comprendre cela qu’en le vivant. Notre formation est partie du constat du déficit de formation pour le jeune musicien entre sa sortie du conservatoire et l’insertion dans un orchestre.
A.M. : Nous transmettons aussi quelques règles professionnelles essentielles, comme arriver à l’heure aux répétitions, signer la feuille de présence… Les musiciens doivent également travailler les œuvres avant la première répétition. Notre travail repose sur la discipline individuelle.
Le métier de musicien d’orchestre est-il bien perçu par les jeunes musiciens ?
J.L.T. : Il y a quelques années encore, ce métier était encore parfois considéré comme une « planque ». Mais depuis dix ans, la situation a changé, les musiciens sont plus motivés. Cependant la France n’a pas rattrapé tout son retard par rapport à l’Allemagne ou aux pays anglo-saxons, où la pratique orchestrale est plus valorisée.
Quel est le répertoire de prédilection d’Ostinato ?
« Nous souhaitons que l’orchestre ne soit pas seulement reconnu comme une formation pédagogique, mais également pour la qualité artistique de ses concerts. » (Jean-Luc Tingaud)
J.L.T. : Nous voulons que nos jeunes musiciens abordent tous les styles. Nous faisons de la musique classique – notamment des symphonies de Haydn, fondamentales pour comprendre l’articulation, le phrasé. Dans la musique romantique, on cherche davantage la profondeur du son. Mais ma spécialité, c’est la musique française, que j’ai apprise auprès de Manuel Rosenthal. Dans chaque programme, nous donnons aussi une œuvre contemporaine. Enfin, nous montons chaque année deux opéras, un répertoire très formateur où le musicien doit être le plus réactif possible.
Comment l’Orchestre est-il financé ?
A.M. : Nous avons cherché à diversifier les sources de financement. Nous avons d’un côté les subventions des institutions publiques, des collectivités locales, et de l’autre, des aides d’entreprises privés. Le mécénat du groupe Pernod-Ricard nous a, en particulier, permis de nous développer à l’international.
Quels sont les défis d’Ostinato ?
J.L.T. L’orchestre ne doit pas être seulement reconnu comme une formation pédagogique, mais également pour la qualité artistique de ses concerts. Pour cela, nous voulons inviter encore plus de solistes et de chefs prestigieux. Notre but est de rentrer dans le cercle des grands orchestre européens de jeunes, comme le Mahler Chamber Orchestra.
Propos recueillis par Jean Lukas et Antoine Pecqueur
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Témoignages
Deux jeunes musiciens décrivent leurs expériences au sein d’Ostinato.
Claire-Elie Tenet, contrebassiste, 20 ans : « Je commence ma deuxième année de formation à Ostinato. Après un an, le bilan est très positif. Mon niveau instrumental a considérablement augmenté, j’ai plus confiance en moi. C’est vraiment une expérience musicale et humaine extraordinaire. »
Benjamin Chareyron, corniste, 22 ans : « J’ai terminé mon cursus Ostinato l’année dernière. Nous avons eu l’opportunité de jouer des oeuvres du grand répertoire, en travaillant avec des encadrants qui nous transmettaient les ficelles du métier. On apprend à ne pas s’intéresser seulement à son instrument, mais à se mettre au service de la sonorité générale de l’orchestre. Depuis, j’ai intégré l’Orchestre de l’Opéra de Paris où le cor solo, David Défiez, est aussi un ancien d’Ostinato. »
Propos recueillis par A. Pecqueur
Ostinato en 7 dates
1997
Concert inaugural dirigé par Manuel Rosenthal à l’Opéra de Bordeaux
1999
Les Noces de Figaro de Mozart à Mogador
2000
Nicolas Delclaud, ex-violoniste d’Ostinato, réussit le concours d’entrée à l’orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.
1er janvier 2002
Début de la résidence à l’Opéra Comique.
2002 / 2003
Alexandre bis et Les larmes de Couteau : opéras de Martinu à l’Athénée en collaboration avec les jeunes voix du Rhin
2005 / 2006
Début de la collaboration avec l’Atelier lyrique de l’Opéra national de Paris
2006 / 2007
Cosi fan Tutte à Shanghaï Entretien
Thibault Vieux
Un coach engagéVioloniste à l’Orchestre de l’Opéra de Paris, Thibault Vieux est l’un des professionnels qui encadrent les jeunes musiciens d’Ostinato. En quoi consiste votre travail au sein d’Ostinato ?
Thibault Vieux : On fait généralement appel à moi lors des productions lyriques, car l’opéra est ma spécialité. Je fais travailler les cordes et plus particulièrement les violons. Il m’importe de montrer aux musiciens les différences stylistiques entre un opéra français, allemand ou italien.
Quelles sont les qualités d’un violoniste d’orchestre ?
« Le musicien d’orchestre doit faire preuve d’une grande rapidité d’assimilation. » T.V. : Il faut être très solide, en particulier au niveau rythmique. Le musicien d’orchestre doit faire preuve d’une grande rapidité d’assimilation. C’est toute la différence entre jouer une sonate ou un concerto et faire partie d’un orchestre. Être malléable, s’adapter à ce que veut faire passer le chef d’orchestre…
La formation au métier d’orchestre est-elle suffisamment développée en France ?
T.V. : Il y a des pratiques d’orchestre dans les conservatoires mais elles sont souvent vécues comme une contrainte. Or, faire partie d’un collectif n’est pas dégradant. On peut au contraire vivre des instants très forts musicalement. De plus, les trois quarts de la pratique instrumentale se déroulent en orchestre. L’intérêt d’Ostinato est de montrer que le travail d’orchestre est moins passif que ne le pensent beaucoup de jeunes musiciens.
Propos recueillis par A. Pecqueur
Concert anniversaire au Châtelet
Sous la direction de Jean-Luc Tingaud, soixante musiciens passés par Ostinato au cours de ses dix années d’existence fêtent la musique.
Ostinato a toujours mis au cœur de son projet la défense et l’illustration du répertoire français. Il n’est donc guère étonnant que, pour célébrer ses dix ans, l’orchestre fasse résonner Ravel (Boléro), Berlioz (finale de la Symphonie fantastique) et Fauré (prélude de Pénélope) sur la scène du Théâtre du Châtelet. Pratiquant la musique sans exclusive, Ostinato rend hommage au regretté Manuel Rosenthal (avec son ballet Gaîté parisienne) et parcourt l’œuvre de William Sheller (sa Symphonie de Sully fut créée par l’orchestre en 2004). Enfin, très engagé dans l’interprétation lyrique, Jean-Luc Tingaud a invité les jeunes chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris pour le sextuor de Don Giovanni de Mozart. Autres rendez-vous de janvier : Krapp ou la dernière bande, opéra de Samuel Beckett et Marcel Mihalovici (à Herblay le 11 décembre) et, à Vincennes (le 12), un programme mêlant le romantisme de Haydn, Beethoven et Schumann au modernisme d’Ernst Krenek.
Jean-Guillaume Lebrun Vendredi 25 janvier à 19h30 au Théâtre du Châtelet. Tél. 01 40 28 28 40. Places : 10 à 45 €.
Manuel Rosenthal, figure tutélaire de l’Orchestre
C’est à la lumière des compositeurs réunis pour le programme du concert-anniversaire – dans l’entourage donc de Mozart et de maîtres français – que s’éclaire le mieux la personnalité musicale de Manuel Rosenthal (1904-2003). Cet élève de Ravel porte l’héritage de toute une tradition française, qui transparaît dans les couleurs de son écriture rayonnante et limpide, où se retrouve quelque chose de la simplicité mozartienne. Il y ajoute un esprit bouffe, - bien moins badin que grinçant – et la musique de Rosenthal peut tout aussi bien s’accommoder du voisinage de Rossini ! Parce qu’on a oublié un peu vite, par effet de mode, ses savoureuses opérettes (La Poule noire), son œuvre la plus célèbre reste cette Gaîté parisienne, arrangement de pages d’Offenbach destinées au ballet. Mais peut-être son œuvre la plus durable restera-t-elle celle d’un passeur de la musique de son temps, comme professeur et comme chef défendant sans relâche les œuvres de Bartók, Britten, Schoenberg ou Messiaen. C’est dans cet esprit qu’il a présidé, en 1997, à la fondation d’Ostinato.
J.-G. Lebrun Orchestre-Atelier Ostinato
75, boulevard Saint-Michel
75005 Paris
Tél. 01 43 25 41 02
e-mail : ostinato@free.fr |
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