Focus -212-Odéon ~ Théâtre de l’Europe

Théâtre de l’Odéon 6e / Texte et mise en scène de Joël Pommerat

Au monde & Les Marchands

Publié le 4 septembre 2013 - N° 212

L’auteur et metteur en scène Joël Pommerat reprend deux pièces qui ont révélé sa personnalité artistique au grand public.

Crédit photo : DR
Légende photo : Les Marchands de Joël Pommerat.
Crédit photo : DR Légende photo : Les Marchands de Joël Pommerat.

« Je cherche le réel, pas la vérité. » dit Joël Pommerat. Un réel qu’il dévoile à force de gratter la façade plâtrée du visible et qu’il esquisse par impressions en clair-obscur dans nos imaginaires. « Nous vivons dans un environnement qui cherche à simplifier la réalité, notion pourtant la plus flottante qui soit. Le monde est en perpétuelle construction / reconstruction à partir de nous, de nos émotions, de nos désirs, de nos perceptions… La juste façon de rendre compte de la réalité, instable, insaisissable, consiste à la cerner par tâtonnements, à introduire de l’incertitude. L’art est le lieu où l’on rend les choses à leur complexité. », ajoute cet « auteur de scène » qui, depuis plus de vingt ans, compose avec une communauté d’acteurs une œuvre singulière où l’écriture s’accomplit sur le plateau. Son théâtre puise dans l’eau courante du quotidien pour saisir les cailloux qui pèsent en silence sur le présent. Il parle de l’âpreté des relations familiales, des entraves du passé, du lien au travail, de la responsabilité face à nos actes, de l’incertitude d’être… de la difficulté d’exister. Avec des mots simples, tellement simples, qui tranchent à même la vie des histoires banales et compliquées. Au monde (2004) s’introduit dans une riche famille d’industriels français, où le patriarche entouré de ses trois filles songe à passer la main à son fils cadet, officier taciturne revenu d’une guerre lointaine. Dans ce huis clos feutré, pourtant heurté par la rumeur du monde qui cogne au dehors, le cérémonial bourgeois laisse peu à peu deviner les coins ombreux d’où s’échappent désirs interdits et folles visions.

Une étrangeté au cœur du familier

Les Marchands (2006) clôt cette trilogie inaugurée par Au monde sur des « thématiques de citoyen », telles que l’exercice du pouvoir, l’argent, le libéralisme, l’aliénation au travail ou la sur-communication. Il est ici question d’une femme « ensevelie sous le manque d’argent », d’une usine chimique fermée à la suite d’une explosion accidentelle, de la crainte du chômage, de la solitude… Rien que de très quelconque, finalement. Pour autant, Joël Pommerat se garde bien de faire la leçon. « J’ai voulu traiter des questions sociales autrement qu’un certain théâtre qui adopte généralement un ton didactique, voire moraliste, sinon manichéen. Je ne considère pas la scène comme une tribune politique, mais comme un espace de représentation symbolique du monde, qui peut influer, peut-être, sur les conceptions individuelles. Je suis dans le monde, je le rends et me rends à travers lui. Je n’ai pas de vérité à délivrer. Je la cherche, comme chacun ! Il faut se dégager d’une vision morale, romantique ou compassionnelle. Comme disait Tchékhov, « Il faut écrire comme un chirurgien opère son patient ». ».

 

Gwénola David

A propos de l’évènement
Au monde & Les Marchands
du 14 septembre 2013 au 19 octobre 2013
THEATRE DE L’ODEON
Place de l’Odéon, 75006 Paris
Au monde, du 14 septembre au 19 octobre 2013. Les Marchands, du 18 septembre au 19 octobre 2013. Odéon – Théâtre de l’Europe. Théâtre de l’Odéon, Place de l’Odéon, 75006 Paris.  Ateliers Berthier, 1 rue André Suarès, 75017 Paris. Tél : 01 44 85 40 40. www.theatre-odeon.eu
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