Avignon - Gros Plan

Théâtre des Halles/ conception et mes Ahmed Madani

F(l)ammes

Publié le 25 juin 2017 - N° 256

Ahmed Madani poursuit son exploration des quartiers populaires. Fruit de deux ans d’ateliers dans différentes villes de région parisienne, F(l)ammes est le pendant féminin de Illumination(s), succès du Festival d’Avignon Off en 2013.

Légende Anissa Kaki dans F(l)ammes. Crédit : François-Louis Athénas
Légende Anissa Kaki dans F(l)ammes. Crédit : François-Louis Athénas

Pour Ludivine Bah, la cité est une forêt. Soit un espace ambivalent, dont les obstacles développent les facultés d’adaptation du marcheur. La jeune femme se qualifie d’ailleurs de caméléon : capable de citer Claude-Lévy Strauss comme de refaire le monde avec les amis du « quartier », elle donne le ton de F(l)ammes. Créée début novembre au Théâtre de la Poudrerie à Sevran (93), la dernière création de Ahmed Madani met en scène dix jeunes femmes rencontrées dans plusieurs villes de banlieue parisienne. Dix non professionnelles, qui se livrent avec talent à un récit polyphonique composé de bribes de vies complexes, loin des stéréotypes. Le dispositif est simple. Devant un écran où sont projetées des vidéos oniriques réalisées par Nicolas Clauss, dix chaises accueillent les interprètes. Malgré un long travail d’écriture à partir des témoignages recueillis, Ahmed Madani parvient à donner à F(l)ammes la simplicité de la parole spontanée. Tâche délicate, les récits de Ludivine et des autres touchant pour la plupart à l’intime.

Monologues singuliers

F(l)ammes contribue avec élégance à l’émergence récente d’une parole afropéenne féminine sur les scènes françaises. Très performatifs, entrecoupés de quelques moments de danse collective, les monologues qui se succèdent ont beau avoir chacun leur singularité, ils sont traversés par une même urgence à sortir de l’ombre. Par une énergie et un humour d’autant plus touchants qu’ils ne visent jamais à la séduction mais à la recherche d’une place au sein de la société française. Chose hélas beaucoup moins naturelle qu’elle devrait l’être. Chacune a pour cela sa stratégie : l’une s’habille en lolita japonaise, une autre pratique le karaté à haut niveau…Toujours dans une conscience aiguë des enjeux. En fin de spectacle, un témoignage sur l’excision donne lieu à une parenthèse autre. L’ensemble est d’une belle finesse. Militante, mais avant tout humaine.

Anaïs Heluin

A propos de l’évènement
F(l)ammes
du 6 juillet 2017 au 29 juillet 2017
Avignon Off. Théâtre des Halles
Rue du Roi René, 84000 Avignon, France

à 11h, relâche les lundis 10, 17 et 24 juillet. Tél : 04 32 76 24 51.


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