Théâtre - Entretien

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Festival International de Théâtre de Rue d’Aurillac : édition 69

Publié le 29 mai 2017 - N° 255

À la tête du festival d’Aurillac, Jean-Marie Songy se joue de la chronologie. Après deux éditions 30, il passe directement à la cuvée 69. À travers les 20 spectacles de sa programmation officielle, il lance ainsi une invitation à l’amour en ces temps troublés.

Crédit : Vincent Muteau
Légende : Jean-Marie Songy.
Crédit : Vincent Muteau Légende : Jean-Marie Songy.

Depuis deux ans, le calendrier du Festival d’Aurillac est déconnecté du temps réel. Jeu ou expression d’un désarroi ?

Jean-Marie Songy : J’aime remettre en question l’idée selon laquelle les choses se construisent dans l’accumulation d’événements. En décidant l’an dernier de présenter une édition 30 bis plutôt qu’une édition 31, je voulais prendre le temps de terminer ce que j’avais commencé l’année précédente. Soit une forme de bilan du travail réalisé jusque-là et des évolutions de l’art en espace public. Je poursuis sur cette lancée, dans le désir de prendre le temps de se poser. De se parler.

 

« J’en appelle à la bacchanale plutôt qu’à la balistique. »

 

Et de s’aimer…

J-M. S : Face à la violence qui est entrée dans nos quotidiens depuis deux ans, j’en appelle en effet à la bacchanale plutôt qu’à la balistique. S’il est nécessaire de penser les malaises actuels, il ne faut pas oublier que notre liberté passe aussi par le corps et la jouissance. Or du fait de la proximité entre artistes et spectateurs, les arts de la rue se prêtent à ce questionnement. Pour preuve par exemple le singulier défilé de mode imaginé par Cirkatomik auquel participeront trente habitants, La recette des corps perdus où la compagnie Ilotopie met en scène la dévoration de l’acteur, ou encore Radio Vinci Park de François Chaignaud et Théo Mercier, qui pose la question de la transgression à travers un rituel en parking souterrain.

Vous programmez toutefois plusieurs spectacles à teneur très politique.

J-M. S : On ne peut pas travailler dans l’espace public et être coupé du monde qui nous entoure. Je suis très heureux de programmer pour la première fois Marie-Do Fréval avec ses Tentative(S) de Résistance(S), Les Tondues des Arts Oseurs, enquête urbaine sur les femmes rasées sur les places publiques pendant la Seconde Guerre Mondiale, ou encore les compagnies Theater Titanik et Pudding Théâtre, dont les créations évoquent les migrations.

Comme le suggère l’affiche du festival, la notion de risque est aussi centrale dans cette édition. Pourquoi ?

J-M. S : L’image du funambule me semble très bien représenter l’état actuel des arts en espace public. Du fait entre autres d’un soutien économique insuffisant – le montant de nos subventions stagne depuis une dizaine d’années – il est de plus en plus compliqué de maintenir une activité libre et débridée. Si cela continue, nous n’aurons pas d’autre choix que de quitter la rue pour retourner en salles. Mais en attendant, nous tenons bon dans l’irrévérence !

 

Propos recueillis par Anaïs Heluin

A propos de l’évènement
Festival International de Théâtre de Rue d’Aurillac : édition 69
du 23 août 2017 au 26 août 2017
Association Eclat
20 Rue de la Coste, 15000 Aurillac, France

Festival International de Théâtre de Rue d’Aurillac : édition 69. Du 23 au 26 août 2017. Association Éclat, 20 rue de la Coste, 15000 Aurillac, France. Tel : 04 71 43 43 70. festival@aurillac.net


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