Théâtre - Entretien

Christophe Rauck / Ovale Horváth

Crédit photo : DR

Théâtre du Nord / Figaro divorce / de Ödön von Horváth/ mes Christophe Rauck

Christophe Rauck retrouve les protagonistes du Mariage de Figaro, qu’il avait mis en scène au Français en 2007. Il met en scène Figaro divorce, de Horváth, en tenant l’équilibre entre évocation et représentation.

« Au théâtre, je suis au théâtre, ni aujourd’hui, hier ou demain. »

 Quel lien entre votre précédente mise en scène de Beaumarchais et ce spectacle ?

Christophe Rauck : Murielle Mayette voulait ouvrir la saison de la Comédie-Française avec Le Mariage de Figaro et finir avec Figaro divorce. J’étais sûr qu’elle me demanderait Figaro divorce, mais elle a choisi de me confier Le Mariage. J’ai eu énormément de mal à le lire, et c’est la lecture de Figaro divorce qui m’a éclairé et m’a aidé à le décontextualiser. J’avais donc cette pièce en tête, avec le souvenir d’un rendez-vous manqué qui avait besoin de revenir. Au TGP, ça ne s’est pas fait. Aujourd’hui, elle revient au bon moment, en faisant écho à plein de choses. J’avais envie de travailler sur cet auteur qui s’appuie sur la tradition des drames populaires qui n’existent pas chez nous (sauf peut-être chez Pottecher et le Théâtre du Peuple). Plus qu’allemand, Horváth est un auteur de l’espace austro-hongrois, de la Mitteleuropa. Ce contexte géographique et idéologique très éloigné rend difficile l’accroche dans nos représentations : il faut trouver l’universalité de cet auteur immense, ce commun que nous partageons à travers cette fiction.

Comment caractériser le Figaro d’Horváth ?

C. R. : Chaque metteur en scène le considère à sa manière. Pour ma part, c’est l’histoire de l’enfant qui me traverse. Figaro est un personnage incapable de se projeter, comme souvent les hommes. Chez Horváth, comme chez Beaumarchais, ce sont les femmes qui dirigent la danse. C’est Suzanne qui veut un enfant ; c’est Suzanne qui divorce ! La construction d’un couple passe aussi par l’enfant, et on n’est pas les mêmes avant et après. Jai fortement ressenti l’acuité de cette question, et ce que j’aime beaucoup chez Horváth, c’est son humanité. Il travaille par tableaux, comme Brecht, mais il n’adopte pas le point de vue surplombant de l’épique. Ses personnages sont agités dans leur quotidien par les forces sociales ou politiques, par le contexte. Ils sont très vulnérables et très sensibles. Il y a des groupes, mais ces groupes sont en réalité composés de personnages en lutte au sein du groupe. Ils sont traversés ou heurtés par les forces extérieures en présence, mais ils sont fondamentalement seuls. Ils abandonnent progressivement leurs certitudes et leurs illusions, et se retrouvent plus nus, plus seuls, mais aussi plus authentiques et plus ouverts à l’autre, plus riches de cette traversée. On est dans quelque chose qui s’apparente à un conte moderne : les personnages sont traversés par les épreuves rencontrées et deviennent plus réceptifs. Cette perspective de l’intime dans le collectif force donc à travailler la pièce comme de la dentelle !

Comment résoudre cette dialectique de l’intime et du collectif ?

C. R. : Ces personnages perdus sont compliqués à mettre en scène : Horváth travaille la réalité mais n’oublie jamais la poésie. Contrairement à Brecht, où ça tourne toujours rond, chez Horváth, c’est toujours un peu ovale ! Son écriture est plus insaisissable : quand on pense qu’on a trouvé quelque chose, on s’aperçoit immédiatement que c’est plus compliqué qu’on ne pensait ! Avec ce théâtre, la représentation peut être l’écueil de l’évocation. Il faut se tenir en équilibre sur la frontière entre raconter l’histoire et la cacher, pour essayer de permettre au spectateur de trouver sa place, de rentrer dans cette histoire pour la faire sienne, et qu’il en acquière une réelle compréhension. C’est pour cela que l’idée de la vidéo est venue très vite, non pas pour en faire un film, mais pour travailler cette idée d’évocation et de rapport à l’humain. J’avais envie de m’en servir pour que l’acteur soit au plus près du spectateur. Mais cet usage de la vidéo ne vaut pas comme modernisation de l’histoire. En tant que spectateur, j’ai toujours un peu de mal quand on rend une pièce très contemporaine : c’est comme si on faisait le travail pour moi ! J’ai toujours besoin d’un peu d’espace. Au théâtre, je suis au théâtre, ni aujourd’hui, hier ou demain.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

Christophe Rauck / Ovale Horváth
du Jeudi 3 mars 2016 au Dimanche 20 mars 2016
Théâtre du Nord
4 Place Charles de Gaulle, 59800 Lille, France

Mardi, mercredi, vendredi à 20h ; jeudi et samedi à 19h ; dimanche à 16h. Tél. : 03 20 14 24 24.


Mots-clefs :,

A lire aussi sur La Terrasse