Classique / Opéra - Entretien / Jérôme Combier

Campo Santo, entre vestiges et fantômes

Jérôme Combier © Cecile Brossard

104 / TOURNEE NATIONALE / MUSIQUE CONTEMPORAINE

L’Ensemble Cairn et son directeur artistique le compositeur Jérôme Combier signent leur création la plus ambitieuse et emblématique de leur projet depuis la création de l’ensemble il y a près de 20 ans. Campo Santo, concert et installation à la fois, conçu à quatre mains par Jérôme Combier et son fidèle complice le scénographe et vidéaste Pierre Nouvel, nous entraîne dans l’exploration d’une ville soviétique disparue, à quelques centaines de kilomètres du pôle Nord, dans l’archipel norvégien du Spiztberg. Créé en décembre dernier au Théâtre d’Orléans, Campo Santo part en tournée avant une première parisienne au Centquatre dans le cadre du festival Manifeste de l’Ircam.

Quel est le projet général de l’ensemble Cairn ? 

Jérôme Combier : Son aspiration première est l’interprétation d’un répertoire lié à la création et à l’écriture, mais Cairn se donne également et surtout pour ambition de mettre en perspective ce répertoire avec les autres pratiques musicales : jazz, musiques improvisées, musiques anciennes, musiques traditionnelles surtout, qui, pour moi, en tant que compositeur, comptent beaucoup. Cairn se donne aussi pour mission de mettre en perspective la création musicale avec les autres pratiques artistiques : littérature, vidéo, danse. Il est indéniable que ce portrait de l’ensemble Cairn comprend le mien en filigrane, et qu’il reflète mes convictions d’artiste.

Comment la création de Campo Santo s’inscrit-elle dans votre parcours de compositeur et dans celui de l’ensemble cairn ?

J. C. : Pour l’ensemble Cairn c’est un projet réellement important, le plus ambitieux qu’il ait eu à réaliser tant du point de vue de la production que du point de vue des enjeux techniques. Pour moi, c’est un aboutissement primordial, celui d’un cheminement de dix ans qui conduit le compositeur que je suis à envisager son espace de création au-delà de la feuille de musique, del’inscriptibleproprement dit. L’enjeu n’est alors plus simplement la musique (elle reste fondamentale toutefois car c’est elle qui donne le time-code), mais surtout l’objet scénique et visuel, littéraire, disons plutôt l’objet sensoriel à atteindre.

« Envisager l’espace de création au-delà de la feuille de musique. »

Campo santo invite à l’exploration d’une ville soviétique disparue…

J. C. : Pyramiden est une cité ouvrière construite à l’ère soviétique qui se situe à l’extrême Nord de la Norvège. Son nom lui vient de la montagne en forme de pyramide au pied de laquelle elle fut fondée par des Suédois en 1910. Les Russes l’ont rachetée en 1926 pour y construire une cité minière qui a perduré jusqu’en 1998. Dans les années 80, Pyramiden comptait près de 1500 habitants et était pourvu d’une école, d’un gymnase, d’un cinéma et salle de concert, d’un hôpital, d’unepiscine. Le propos deCampo santo n’est toutefois pas de procéder à une sorte d’archéologie du lieu. Elle est là en filigrane, et structura la réalité de notre déplacement là-bas, mais l’objet que nous avons construit, unifiant musiques, films, fragments littéraires, dépasse ce propos. Il en cherche plutôt l’épiphanie, par des chemins détournés, par une alliance de la poésie et de la musique. Finalement le projet Campo santo pose plus de questions qu’il n’en résout : libre à chacun d’y répondre à sa façon. Des questions et des réflexions sur la pérennité (ici très courte) des entreprises humaines, sur la finitude, sur le temps qui constitue, si ce n’est l’une des préoccupations principales de ma vie, mon obsession doucement mélancolique.

 

Propos recueillis par Jean Lukas

A propos de l'événement

Campo Santo
du Jeudi 16 mars 2017 au Jeudi 8 juin 2017
Maison de la Culture de Bourges
34 Rue Henri Sellier, 18000 Bourges, France

Jeudi 16 mars à 20h. Tél. 02 48 67 74 70.


Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannès-Ambre, 69004 Lyon. Jeudi 23 mars à 20 h. Tél. 04 72 07 49 49.


Théâtre des Treize-Arches, place Aristide Briand, 19100 Brive. Jeudi 30 mars à 20h30. Tél : 05 55 24 62 22.


Le CENTQUATRE, 5 rue Curial, 75019 Paris. Jeudi 8 juin à 20h. Tél. 01 53 35 50 00.


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