Théâtre - Critique

Barbe-Bleue, espoir des femmes

Puisant dans le trésor des Contes du chat perché de Marcel Aymé, Véronique Vella prend Le Loup par la queue avec une énergie scénique acidulée. Un premier conte pour la Comédie-Française.

Véronique Widock s’attaque à la pièce de Dea Loher, inspirée du
Barbe-Bleue
de Charles Perrault.Un conte cruel
scénique qui flirte sans le vouloir avec le numéro de cirque au féminin.

« Vous êtes recherché ? Oui. Pourquoi ? Je suis un assassin. » Ainsi
commence, entre l’Aveugle et Henri Barbe-Bleue, le prélude à la représentation
de la pièce de Dea Loher, inspirée par l’effroi du conte Barbe-Bleue
de Charles Perrault, tendance cynique ou grotesque. Un zoom arrière en
quatorze tableaux qui déroule l’histoire macabre des sept femmes du serial
killer légendaire dont les six premières meurent assassinées avant que la
septième ne débarrasse la terre de ce meurtrier invétéré. Auparavant, un
prologue explique au public le métier assumé d’Henri, vendeur de chaussures pour
dames, héros malgré lui puisque c’est à la tranquillité qu’il aspire. La
narratrice allemande, non sans facétie, compare la cliente d’Henri en général, à
la Cendrillon des Frères Grimm, « à qui le prince charmant parvient
enfin à enfiler la bonne pantoufle.
 » Une allusion à peine voilée à la mort
donnée par ce chausseur funeste, entre cartons à chaussures, trappes, portes
dérobées et tiroirs mortuaires. Henri Barbe-Bleue, interprété patiemment par
Olivier Comte, est un être falot qui ne veut pas séduire, « il n?était pas du
genre à aimer à s’installer l’été, à une terrasse de café pour regarder passer
les femmes.
 » Ce sont pourtant elles, les femmes gourmandes, avides et
vengeresses qui le prennent en pâture, se jetant violemment et désespérément
dans ses bras, agressives et violeuses.

Des prestations physiques qui dénoncent les frustrations et les
insatisfactions.

Le monde est à l’envers à travers l’histoire de cet homme comme objet
convoité du désir des femmes, qu’elles s’appellent Juliette, Anne, Judith,
Tania, Ève ou Christiane : « Lui eût-on posé la question, il eût été
incapable de dire quelle sorte de jambe lui plaisait le plus
. » Il pouvait
parler sans la moindre émotion des jambes fines qu’il pouvait contempler,
potelées, maigrichonnes, surentraînées, musclées, courtes, longues, blanches ou
bien bronzées. La metteuse en scène Véronique Widock a pris au pied de la lettre
les mots de Dea Loher. Les comédiennes Lise Maussion Thompson, Elisabetta
Barucco, Cécile Arch, Diana Sakalauskaïté, Claudie Decultis et Geneviève de
Kermabon sont toutes des sportives averties, bien roulées et balancées, elles
n?hésitent pas à jouer ces femmes diaboliques et diablesses de Barbe-Bleue, tête
renversée et jambes en l’air comme des poupées désarticulées que l’on replie
pour les faire disparaître dans des boîtes rangées. La fresque souffre de cette
dimension concrète envahissante, et le plateau ne laisse plus de place à la
parabole de l’amour absent. Des prestations physiques qui dénoncent les
frustrations et les insatisfactions féminines en ne laissant nulle échappatoire
vers le rêve. Une histoire crûe de Barbe-Bleue, un simple inventaire de
crimes successifs. L’Aveugle ( Ioana Craciunescu) apporte la libération en tuant
l’homme et avec lui, l’amour et le désir d’amour, afin de voir le ciel.

Véronique Hotte

Barbe-Bleue, espoir des femmes

De Dea Loher, texte français Laurent Muhleisen, mise en scène de Véronique
Widock, jusqu’au 20 mai 2007, du mardi au samedi à 20h, dimanche 16h30, relâche
le 11 mai, supplémentaire le 15 mai à 14h30 au Théâtre de la Tempête
Cartoucherie 75012 Paris Tél : 01 43 28 36 36

Texte publié à L’A rche Éditeur

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