Théâtre - Critique

Espace chapiteaux / La Villette

… Avec vue sur la piste

Publié le 28 janvier 2016 - N° 240

Submersion de talents à La Villette : la déferlante CNAC débarque !

La bascule coréenne, un des temps forts du spectacle de fin d’études du CNAC.
Crédit : Christophe Raynaud De Lage
La bascule coréenne, un des temps forts du spectacle de fin d’études du CNAC. Crédit : Christophe Raynaud De Lage

On arrive à peine et ils sont déjà tous là : un accueil aux petits oignons pour nous placer, nous mettre à l’aise autour de ce vaste hall façon grand hôtel – la piste – qui fourmille d’un personnel en livrée particulièrement survolté. A l’étage, le barbier s’affaire autour de son premier client. En bas, c’est la ronde des serveurs, en rollers ou occupés à nous distribuer quelques douceurs. Un grouillement, que viennent soudainement rompre quelques notes de contrebasse doublées d’une voix cristalline. Un chant qui vient poser le tout, et dire « on y va ! » à ces dix-sept artistes issus de la 27ème promotion du Centre National des Arts du Cirque. Le début du spectacle rend hommage à leur jeunesse, leur soif de vie, leurs désirs qui ne demandent qu’à être cueillis : c’est un enchaînement de petites actions, de musique live, de chants, d’acrobaties à droite, à gauche, là l’esquisse d’un numéro de Guillaume Tell, ici un équilibre furtif… Du mât chinois, une circassienne passe allègrement au registre clownesque en incarnant un chien fou, pour immédiatement faire résonner sa voix des accents d’un fado jazz qui dissimulerait une envie de samba. Magnifique Catarina Rosa Dias qui résume à elle seule la somme de talents que tous ces artistes sont capables de déployer (la voix, la musique, et leurs disciplines de cirque), et dont le spectacle tire grandement profit. Pas de transition, rien ne s’achève et tout commence, dans un grand coitus interruptus que le metteur en scène Alain Reynaud cultive avec soin par une agitation foutraque, comme pour mieux entretenir notre frustration, d’autant plus grande que l’on a décelé le potentiel virtuose de chacun d’eux.

Un spectacle heureux

Un premier grand numéro de main à main, et nous voilà calmés : Pedro et Anaïs nous tiennent suspendus à eux-mêmes, dans une histoire scellant un rapport physique qui vire au doux règlement de compte. Anaïs Albisetti est une bombe montée sur ressorts à la drôlerie ravageuse. A la fin, l’autre tandem en main à main offre une belle réponse, pour qu’alors les couples se mélangent. Alain Reynaud a pris le parti de montrer le meilleur de chacun dans sa technique de prédilection : aussi la promotion compte-t-elle un quatuor de filles au cadre aérien, tandis que la bascule coréenne est prise à bras-le-corps par un petit groupe de risque-tout, déjà constitué en un collectif dont il faudra suivre l’émancipation. L’atmosphère heureuse qui se dégage du spectacle est accentuée par la musique. A côté de l’orchestre aux bons vieux cuivres agrémentés de guitare électrique, banjo, ou guimbarde, les reprises qu’interprètent les artistes sont des chansons populaires. Entre All about that bass, Beautiful tango, ou After laughter, la légèreté, la nostalgie et l’humour se frayent un chemin dans les voix pour mieux porter les numéros… Avec vue sur la piste n’est pas l’expérimentation d’un cirque d’auteur, ne contraint pas les interprètes à se glisser dans l’univers bien établi d’un artiste. Alain Reynaud par ailleurs abandonne en cours de route le propos du départ, laissant toute sa place aux talents des interprètes. Une submersion de talents : chacun est à sa place, et le spectateur, lui, transporté.

Nathalie Yokel

A propos de l’évènement
… Avec vue sur la piste
du 28 janvier 2016 au 21 février 2016
Espace Chapiteaux
211 Avenue Jean Jaurès, 75019 Paris, France

mercredi, vendredi et samedi à 20h, jeudi à 19h30, dimanche à 16h. Tél. : 01 40 03 75 75. Tournée : Cirque Théâtre d’Elbeuf du 18 au 20 mars 2016, Théâtre municipal de Charleville-Mézières du 30 mars au 1er avril, Le Manège de Reims du 21 au 23 avril.


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