Classique / Opéra - Entretien / Philippe Boesmans

Au Monde, archétypes et mystère

© Isabelle Françaix

OPERA CONTEMPORAIN / OPERA COMIQUE

L’Opéra Comique accueille la création française d’Au Monde, le nouvel opéra de Philippe Boesmans, dont le livret et la mise en scène sont signés Joël Pommerat.

Au Monde est votre sixième opéra. Qu’est-ce qui vous attire dans cette forme ? Est-elle toujours d’actualité ?

Philippe Boesmans : Force est déjà de constater que les maisons d’opéras sont toujours pleines. Il y a un vrai intérêt du public et je pense qu’il est important que de nouvelles œuvres entrent au répertoire. En ce qui me concerne, je suis depuis de longue date passionné par le théâtre et son lien à la musique. On peut d’ailleurs aussi se demander pourquoi le théâtre est une forme toujours d’actualité.

« Je n’ai pas un désir de progrès de la langue musicale. Ce que je veux, c’est toucher le public. »

Dans votre langage, cherchez-vous à renouveler l’esthétique de l’opéra ?

P.B. : Je n’ai pas un désir de progrès de la langue musicale. Ce que je veux, c’est toucher le public. A mon sens, continuer dans la lignée de Schoenberg serait une erreur. Je ne cherche pas à être moderne : une œuvre est moderne si elle est de qualité. Je ne suis pas lié à une esthétique, je veux simplement être juste musicalement. Ce qui me paraît aussi essentiel, c’est que le public puisse comprendre les paroles, qu’il n’ait pas besoin de lire le synopsis avant le spectacle pour comprendre l’action.

Comment êtes-vous venu à travailler avec Joël Pommerat ?

P.B. : J’avais lu un grand nombre de ses pièces et vu plusieurs de ses spectacles. Ce qui me plaît, dans son écriture, c’est que ses pièces sont imbibées de mystère, de choses que la musique peut suggérer. Il y avait à mon avis deux pièces qui pouvaient convenir à un opéra : Au Monde et Cercle Fictions, car les personnages correspondent aux archétypes de l’opéra, par exemple à travers la figure du père avec une voix grave dans Au Monde. Cette pièce, qui met en scène une grande famille, peut évoquer Tchekhov ou Maeterlinck. Par ailleurs, Pommerat est un directeur d’acteurs hors pair.

Joël Pommerat était-il intéressé par l’opéra ?

P.B. : Il aime surtout le jazz et la pop. Comme beaucoup de metteurs en scène, il trouve que l’opéra est un genre trop figé.

Allez-vous retravailler avec lui ?

P.B. : Je compose actuellement un opéra d’après son conte Pinocchio. Il sera créé en 2017 au Festival d’Aix-en-Provence.

Quel regard portez-vous sur la situation économique des opéras, et notamment dans votre pays, la Belgique, confrontée à une cure d’austérité dans le secteur culturel ?

P.B. : A partir du moment où on diminue les budgets, on touche à la liberté d’expression. A Bruxelles, le théâtre de la Monnaie, où la plupart de mes opéras ont été créés, a dû supprimer les spectacles de danse ainsi que les opéras donnés avec des ensembles sur instruments anciens. C’est regrettable.

 

Propos recueillis par Antoine Pecqueur

A propos de l'événement

Au Monde
du Dimanche 22 février 2015 au Vendredi 27 février 2015
Opéra Comique
1 Place Boieldieu, 75002 Paris, France

Tél. 0 825 01 01 23. Places : 6 à 110 €.


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