Critique /
L’Eveil du printemps
Choisissant de « dénoyauter » la pièce de Frank Wedekind de sa dimension critique et morale, le jeune metteur en scène Guillaume Vincent crée une version fragmentaire, décousue, de L’Eveil du printemps. Une version qui révèle cependant de jolies personnalités d’acteurs.
Fondé sur l’opposition et la confrontation de deux catégories d’individus, de deux mondes - celui des adultes et celui des adolescents -, L’Eveil du printemps présente un groupe de jeunes gens âgés de quatorze ans qui, soumis au bouillonnement de leurs corps, de leur sens, à une soif aiguë de nouvelles expériences, s’opposent à leurs parents et aux valeurs transmises par une société qui les entrave. Cette course effrénée vers l’indépendance et la maturité, qui se transformera en course tragique, porte en son sein une ardente dénonciation du carcan éducationnel prussien de la fin du XIXème siècle (la pièce a été écrite en 1891). Le spectacle que met aujourd’hui en scène Guillaume Vincent s’empare de cette histoire pour n’en conserver que quelques scènes et les principaux personnages. Passant par pertes et profit le clivage générationnel situé au cœur du texte ainsi que la quasi-totalité des protagonistes adultes, le jeune metteur en scène (né en 1977, artiste associé au Centre dramatique national de Besançon) a choisi de centrer sa représentation sur l’univers de l’adolescence, sans mettre celui-ci en perspective.
 
Un corps sans âme
 
C’est ainsi le vase clos de la jeunesse que cette version de L’Eveil du printemps se propose d’explorer. Un vase clos fait d’impétuosité, de gaieté, de peurs, de tentations, de questionnements… Pour qui ne connaît pas la pièce de Frank Wedekind, envisager son intrigue et ses enjeux par le seul biais de cette proposition théâtrale risque de se révéler difficile. Ce qui ne serait pas réellement un problème si la mise en scène de Guillaume Vincent parvenait à se suffire à elle-même, à constituer un geste artistique suffisamment fort, suffisamment personnel pour nourrir, 2h35 durant, les attentes de notre imaginaire. Mais ce n’est pas le cas. La suite inégale de tableaux qui nous est présentée donne l’impression d’un tâtonnement de jeunesse, d’une démonstration qui n’a pas su trouver la clef de l’inspiration. Tel un corps sans âme, cet Eveil du printemps vaut essentiellement pour le groupe de comédiens qu’il nous permet de découvrir (Emilie Incerti Formentini, Florence Janas, Pauline Lorillard, Nicolas Maury, Matthieu Sampeur, Philippe Orivel, Cyril Texier). A travers ces jeunes interprètes prometteurs, Guillaume Vincent démontre, et ce n’est pas rien, un talent certain de directeur d’acteurs.
 
Manuel Piolat Soleymat
L’Eveil du printemps, d’après Frank Wedekind (texte français de François Regnault, publié aux Editions Gallimard) ; mise en scène de Guillaume Vincent. Les 2, 3, 5 et 6 février 2010 à 20h ; le 4 février à 19h. Centre dramatique régional de Tours, Nouvel Olympia, 7, rue de Lucé, 37000 Tours. Renseignements et réservations au 02 47 64 50 50. Spectacle vu lors de sa création, le 21 janvier 2010, au Centre dramatique national de Besançon. Egalement, du 2 au 5 mars 2010 au Centre dramatique national Thionville-Lorraine, du 12 mars au 16 avril au Théâtre national de La Colline, du 21 au 24 avril au Centre dramatique national de Reims, les 27 et 28 avril au Cratère – Scène nationale d’Alès.


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