Danse - Entretien / Robert Battle

La Seine Musicale / Les Etés de la Danse

Alvin Ailey American Dance Theater, ambassadeurs singuliers et universels

Publié le 26 mai 2017 - N° 255

L’Alvin Ailey American Dance Theater, dirigé par Robert Battle, revient aux Etés de la Danse pour la cinquième fois, dans le cadre exceptionnel de la toute nouvelle Seine Musicale de l’Ile Seguin.

Crédit : Andrew Eccles
Légende : Robert Battle, directeur artistique de l’Alvin Ailey American Dance Theater.
Crédit : Andrew Eccles Légende : Robert Battle, directeur artistique de l’Alvin Ailey American Dance Theater.

Comment avez-vous composé les programmes que nous allons voir à Paris ?

Robert Battle : C’est un vrai défi de choisir des pièces pour Paris, car, comme vous le savez, nous venons tous les deux ou trois ans et nous avons déjà présenté une grande partie de notre répertoire. De plus, les représentations parisiennes durent trois semaines, ce qui est unique au monde, puisque nous ne restons jamais en tournée aussi longtemps dans une autre ville. De ce fait, le programme pour Paris est très proche de notre saison new-yorkaise, avec un bémol : comme nous enchaînons avec une tournée européenne, nous ne pouvons emmener des décors trop imposants.

Quels seront les nouveautés de ces représentations à Paris ?

R.B. : Cette année nous avons voulu célébrer la danse  moderne et le jazz à travers des pièces comme Ella, un solo sur Ella Fitzgerald que j’ai moi-même chorégraphié sur Airmail Special et The Winter in Lisbon, un hommage à Dizzy Gillespie créé par Billy Wilson. Mais nous avons aussi voulu montrer r-Evolution, Dream, d’une chorégraphe qui est aussi danseuse de la compagnie, Hope Boykin, inspirée par les sermons de Martin Luther King Jr, le grand leader de la contestation pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis. Nous tenions à la présenter car nous pensons que cette pièce est vraiment opportune aujourd’hui et reflète les problèmes actuels. Tout comme No Longer Silent, une de mes créations sur la musique d’Erwin Schuloff, un musicien juif assassiné par les Nazis. Nous l’avons remontée en 2015 pour le 70e anniversaire de la libération des camps de concentration.

Comment choisissez-vous de nouveaux chorégraphes pour l’Alvin Ailey American Dance Theater ?

R.B. : J’essaie de trouver des gens dont personne n’a entendu parler aux Etats-Unis, qui peuvent être des chorégraphes européens ou en début de carrière, mais, surtout, je cherche des œuvres qui sortent des sentiers battus, des artistes qui ont quelque chose à dire, notamment au sujet de la justice sociale ou raciale, et qui en cela reflètent la nature politique de la danse moderne. C’est très important pour la compagnie.

Que voulez-vous transmettre au public parisien ?

R.B. : Le public parisien adore la compagnie, adore l’engagement des danseurs, mais je pense que ce n’est pas seulement pour notre technique ou notre virtuosité. Selon moi,  ce qui nous rend populaire, c’est notre capacité à rassembler, à inciter les gens à être ensemble. C’est un message important. Aussi, nous parlons de problèmes qui touchent tout un chacun, qui sont en prise avec notre réalité. Le message de la compagnie, c’est d’être les ambassadeurs du monde, de la diversité.

« Ce qui nous rend populaire, c’est notre capacité à rassembler. »

Comment conservez-vous l’esprit d’Alvin Ailey dans la compagnie ?

R.B. : Ailey reste vivant, parce que Judith Jamison, qui a dirigé la compagnie pendant 21 ans, a fait en sorte que son héritage chorégraphique soit entretenu. Et aussi, bien sûr, parce que nous ne l’oublions pas ! C’est pourquoi nous continuons à danser son chef-d’œuvre, Revelations, créé en 1960. La pièce exprime, sur des negro spirituals, la lutte des Afro-Américains pour vaincre la brutalité, la haine, et faire face aux vicissitudes. Nous nous remémorons cette histoire à chaque spectacle, quand nous constatons la réaction du public face à Revelations. Ce ballet continue de transcender les barrières de religions ou de nationalités et inspire des émotions universelles. C’est ce qui maintient l’esprit d’Ailey parce que c’est un sentiment que nous vivons et que nous éprouvons dans le monde entier, y compris à Paris.

Propos recueillis par Agnès Izrine

A propos de l’évènement
13e édition des Etés de la Danse
du 4 juillet 2017 au 22 juillet 2017
La Seine Musicale
1 Cours de l'Île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt, France

Tél. : 01 74 34 53 53.


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